10 Béatrice Bonhomme

6.

Le temps arrêté


Le paysage est arrêté dans le temps, resté intemporel.

Comme si nous passions sur ce paysage à la fois sensible et impassible.

Il est demeuré un pays d'enfance et de passé. C'est ce temps arrêté sur le paysage qui lui confère cette profondeur, ce feuilletage et nous amène à l'idée de la mort.

C'est comme si le temps refusait de passer ici. Les gens passent et meurent sur les saisons, épinglés sur le paysage, mais le paysage demeure.

Il est là, tel une chape sur le lieu, un sentiment de silence et d'éternité, comme si tout s'était bloqué et avait désormais refusé d'avancer.

La rose est toujours rouge, mais les gens sont passés sur les saisons, papillons qui grésillaient autrefois sur notre lampe,

Et plus personne n'allumera la lampe du soir pour la promenade du champ de foire sous les étoiles de l'été.

Le temps est resté le même, impassible et bleu foncé, sur notre être qui s'en est allé, un peu de poussière à la main, sans une trace, sans une empreinte.

 

Béatrice Bonhomme, Dialogue avec l’anonyme, éditions Collodion, 2018.